
«Lyon compte plus de 30 sociétés nationales de soutien scolaire. Une jeune entreprise n’a aucune chance d’y faire son trou. » Philippe Fayette, le patron et fondateur de la société ABC cours particuliers, s’est donc tourné vers la province. Villefranche sur Saône a été la première antenne délocalisée de l’entreprise. Il y a ensuite eu Mâcon, Vienne, Roanne, Le Puy et depuis peu Vichy. Contrairement aux boîtes nationales de soutien scolaire implantées dans les métropoles, Philippe Fayette a décidé de jouer la carte de la proximité en ouvrant des bureaux dans les petites villes de province.
Acadomia règne en maître
« Pour l’instant, je loue un bureau à la journée à l’Atrium à Vichy pour être présent à chaque fois que je dois faire un entretien ou recevoir un client. La différence est là, moi je reçois en direct, la personne qui m’appelle n’a pas un correspondant qui se trouve au bout du monde.»
Et pour Philippe Fayette, les rendez vous sont de plus en plus fréquents. Un marché sur lequel règne en maître Acadomia, numéro un du soutien scolaire en France, avec un volume d’affaires de 100 millions d’euros.
« Nous accompagnons au niveau national 100.000 élèves, regroupons 25.000 enseignants et gérons un réseau de 108 agences, détaille le responsable presse. L’Allier représente à peu près 1,5 % des demandes (Vichy, 60 %; Moulins, 30 % ) 67 % de ces demandes concernent des lycéens. »
Le potentiel de progression pour les organismes privés n’en est pas moins alléchant. Malgré la réforme des lycées qui propose deux heures de soutien individualisé, le but étant de répondre aux besoins de chacun, comme peuvent le faire les officines de cours particuliers.
« On est sur des secteurs de croissances importantes, 65 % chaque année depuis 2007 pour ma part », explique Philippe Fayette qui a eu des postes à responsabilité dans l’industrie automobile avant de lancer sa boîte.
« Je ne supportais plus de faire de la délocalisation d’entreprises. » Un marché, longtemps resté la chasse gardée des profs et des étudiants (ils passaient en direct), qui est en train de changer de main.
Et même s’il est un peu tôt pour tirer des plans sur la comète, les patrons des organismes privés le jurent : leur attrait, cette année encore, ne se dément pas. Et les mesures fiscales mises en place en 2004 n’y sont pas pour rien. Avec le crédit ou réduction d’impôt une heure de cours revient deux fois moins chère.
Obsédés par la réussite scolaire des enfants, les Français ne lésinent pas sur les cours particuliers.
Un secteur en plein boom à en juger par le nombre d’entreprises spécialisées qui se partagent les devoirs maison.
ÉDUCATION. La réussite scolaire des enfants est devenue une obsession en France comme ailleurs.
Un élève sur six prendrait, d’après les stats des entreprises spécialisées, des cours particuliers dans l’année à raison d’une quarantaine d’heures de cours par an. Avec une demande récurrente pour les sciences : mathématiques et physique chimie.
SOUTIEN SCOLAIRE EN CHIFFRES : ENTRE 800 MILLIONS ET 2 MILLIARDS D’EUROS.
Le marché s’est structuré et une vingtaine d’entreprises ont fait de cette activité un « business ».
Elles ont révélé un marché discret, mais loin d’être négligeable. Selon les deux leaders du secteur, Acadomia et Complétude, il représente un volume d’affaires compris entre 800 millions et 2 milliards d’euros, selon le mode de calcul, essentiellement concentré sur les collégiens et lycéens.
Mais, en réalité, seuls 15 % des cours sont donnés par des organismes professionnels. Les autres sont pour 5 % dispensés bénévolement par des associations et pour 80 % par des professeurs ou des étudiants, payés directement « de la main à la main » par les familles (plutôt entre 15 et 20 euros de l’heure).
Le soutien scolaire n’est pas l’apanage des familles aisées
Qui sont les donneurs de leçon ?
Le recrutement des enseignants s’est professionnalisé depuis une dizaine d’années même si 60 % des cours sont assurés par des étudiants titulaires d’un bac + 3. « No u savons également près de 20 % de professeurs. Des jeunes en début de carrière, des vacataires, des profs qui cherchent à arrondir les fins mois, mais aussi des retraités. Nous avons aussi de jeunes ingénieurs qui ne trouvent pas boulot. J’ai enfin des profils atypiques, comme cet homme de 50 ans qui ne supportait plus la pression de son entreprise », explique Philippe Fayette.
Les maths posent problèmes. Les cours les plus demandées sont les matières scientifiques, mathématiques notamment, suivies de près par le français et l’anglais.
Les lycéens en tête. Lycéens et collégiens, à partir de la troisième, constituent l’essentiel des recrues. « Chez Acadomia les demandes se répartissent selon des niveaux : pr imaire 4 % ; collège : 29 %, lycée : 67 %).
Bon retour. Satisfait ou remboursé.
Non, ce n’est pas encore le cas, mais certaines sociétés pourraient bien y venir tant la concurrence est rude dans les grandes métropoles. « Nous avons peu d’échec. Le taux de satisfaction est, chez nous, de 92 % » souligne Philippe Fayette.
Mais je prends toujours le temps de rencontrer l’enfant et les parents pour mesurer leur motivation. »
La spécificité du cours particulier. « Lorsque le décrochage de l’élève est récent on revient surtout sur les bases. Et puis un élève de bonne volonté qui ne réussit pas manque souvent de méthodologie. Lorsque les lacunes remontent à plusieurs années, tout repose sur la motivation de l’élève et la personnalité du professeur. C’est souvent un nouveau départ, la fin d’une galère pour l’enfant. »
Toutes les classes sociales. Le soutien scolaire n’est pas l’apanage des familles aisées : 65 % des parents ayant eu recours au soutien scolaire appartiennent à des professions intermédiaires.
« Notre première clientèle est la classe moyenne. Culturellement, les familles aisées emploient un prof en direct », explique Philippe Fayette.
« Nous avons également une clientèle en difficulté, 20 % paient avec les tickets CESU. »
Combien ça coûte ? Entre 30 et 37 € en fonction de la matière et du niveau.
Prof à domicile, un métier ?
« Il y a des personnes qui en font leur activité générale. On peut gagner jusqu’à deux fois le Smic, estime le patron d’ABC. Seule contrainte, il faut travailler essentiellement le soir après l’école, le mercredi après midi, le samedi et même le dimanche. Mais j’ai rarement affaire à des gens malheureux. »
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